Des projections précises des besoins en chauffage et en climatisation sont essentielles pour progresser vers les objectifs de développement durable. Un article récent présente un ensemble de données mondiales sur les degrés-jours de chauffage (HDD) et les degrés-jours de refroidissement (CDD) pour trois niveaux d’augmentation de la température moyenne mondiale par rapport aux conditions préindustrielles : 1,0 °C (2006-2016), 1,5 °C et 2,0 °C, indépendamment des voies menant à ces scénarios de réchauffement. +2°C c’est pour 2050. Pour beaucoup de pays en développement situé souvent dans la bande inter-tropicale et déjà très chauds actuellement, 2050 signifie une augmentation de 10 à 25% de journées invivables sans moyens de refroidissement.
Les HDD et CDD sont calculés à partir des données de température relevées toutes les 6 heures. Cette résolution inférieure à la journée permet de saisir une partie de la variabilité diurne de la température, ce qui est particulièrement important dans les régions où l’écart entre les températures diurnes et nocturnes est important. Pour HDD c’est la somme des anomalies de températures journalières au-dessous de 18°C (en valeur absolue) et pour CDD, c’est la somme des anomalies de températures journalières au-dessus de 18°C. L’ensemble de données comprend 30 cartes maillées (résolution de 0,883° × 0,556°, de l’ordre de 50 km) caractérisant la variabilité climatique à l’aide de 5 mesures statistiques par variable et par scénario sur une période représentative de 10 ans. L’ensemble de données révèle une baisse généralisée des HDD et une augmentation prononcée et non linéaire des CDD, les changements les plus significatifs en matière d’intensité climatique et de besoins d’adaptation apparaissant dès le début de la trajectoire de réchauffement
En outre, en utilisant comme référence la trajectoire socio-économique partagée SSP2-4,5 « intermédiaire » qui conduit à un réchauffement global vraisemblable autour de 3°C par rapport à la période pré-industrielle, l’ensemble de données indique que la population exposée à des conditions de chaleur extrême (supérieures à 3 000 CDD) devrait presque doubler si le seuil de 2,0 °C est atteint, passant de 23 % (1,54 milliard de personnes) en 2010 à 41 % (3,79 milliards) d’ici 2050, les populations les plus touchées étant celles de l’Inde, du Nigeria, de l’Indonésie, du Bangladesh, du Pakistan et des Philippines. Cet ensemble de données sur les HDD et les CDD constitue une base solide pour intégrer les informations climatiques dans la planification de la durabilité et les politiques de développement.
Les 20 pays qui connaitront les changements les plus importants en matière de CDD sont également des pays en développement. Ils sont tous situés près de l’équateur ou dans les latitudes tropicales et subtropicales (voir figure), ce qui leur confère un climat chaud avec des températures élevées tout au long de l’année. Ces changements devraient peser davantage sur le développement socio-économique de ces régions. La plupart de ces pays se trouvent en Afrique (République centrafricaine, Nigeria, Soudan du Sud, Burkina Faso, Mali, Tchad, République démocratique du Congo, Cameroun, Ouganda, Bénin, Congo), tandis que d’autres se trouvent en Amérique du Sud (Brésil, Venezuela, Paraguay), en Amérique centrale (Honduras, Guatemala, Nicaragua) et en Asie du Sud-Est (Laos, Thaïlande, Cambodge). Les augmentations les plus importantes de la moyenne pondérée par la superficie des CDD sont observées en République centrafricaine, au Nigeria, au Soudan du Sud, au Laos et au Brésil, avec des augmentations de 524 à 560 CDD. Ces régions devraient connaître l’augmentation la plus spectaculaire des besoins en refroidissement, de 1,0 °C à 2,0 °C, comme le montre la figure.

Ces résultats devraient nous alerter. Dépasser 1,5 °C de réchauffement aura un impact sans précédent sur absolument tout, de l’éducation à la santé, de l’immigration à l’agriculture. Cela devrait nous couter plusieurs points de PIB (un indicateur économique que tout le monde brandit mais qui ne garantit même pas la qualité de vie) avec un bouleversement du système économique inimaginable. Le développement durable à bilan carbone nul demeure la seule voie éprouvée pour inverser cette tendance vers des chaleurs extrêmes. Il est impératif que les responsables politiques reprennent l’initiative en ce sens. On en est loin, en cette période de rétro-pédalage environnemental.
