Le Centre Européen Copernicus et l’Organisation Mondiale de la Météo viennent de publier leur rapport commun sur le climat de l’année 2025. Comme pointés par de nombreuses publications avant ce dernier, les nouvelles ne sont pas bonnes. Et on ne voit pas le moindre frémissement dans les émissions de gaz à effet de serre et donc dans l’évolution du climat mondial et européen. Au contraire, le dioxyde de carbone augmente de 2,6 ppm par an et le méthane de 11,6 ppt par an sur la période 2020-2025. On est donc toujours très loin des objectifs de l’Accord de Paris. 2025 est la troisième année consécutive à frôler les +1,5°C de réchauffement par rapport à la période pré-industrielle.
Le changement climatique global est incontestable (augmentation de la température de 0,27°C par décennie). Il est particulièrement fort dans l’Arctique (+0,75°C par décennie), les Alpes et l’Est de l’Europe (+0,6 à 0,7°C) (voir figure ci-dessous). Et cela commence à déstabiliser simultanément la ressource en eau, l’agriculture, la santé, les écosystèmes avec des conséquences économiques liées aux pertes de rendement agricole, à la hausse des coûts d’assurance, des dommages aux infrastructures et des pressions sur l’énergie. Un problème largement sous-estimé vient des risques en cascades, beaucoup plus difficiles à gérer, par exemple vague de chaleur → sols secs → incendies → pertes agricoles → tensions sur l’eau → hausse des prix.

Pourquoi l’Europe se réchauffe-t-elle plus vite que le reste du globe?
Tout d’abord il faut préciser que les continents se réchauffent plus vite que les océans, qui bénéficient d’une forte inertie. Ensuite la modification de la circulation atmosphérique ont favorisé des vagues de chaleur estivales plus fréquentes et plus intenses. La pollution atmosphérique qui a tendance à refroidir l’atmosphère s’est réduite depuis les années 80, particulièrement en Europe. La diminution de la couche neigeuse réduit l’albédo et augmente l’absorption par le sol du rayonnement solaire, ce qui amplifie le réchauffement des zones normalement enneigées en hiver (nord, reliefs et climats continentaux). Enfin l’Europe s’étend de la Méditerranée à l’Arctique, la région du globe qui se réchauffe le plus rapidement. Il faut remarquer également que la mer Méditerranée se réchauffe également beaucoup plus vite que l’Atlantique.
Des vagues de chaleur et des feux de forêt
En 2025, presque tout le continent (>95% de sa superficie) a connu des températures annuelles supérieures à la moyenne et plusieurs pays d’Europe du Nord ont enregistré leur année la plus chaude, ou la deuxième plus chaude. Une vague de chaleur record de trois semaines a touché la Fennoscandinavie subarctique, avec des températures proches du cercle arctique et à l’intérieur de celui-ci dépassant les 30°C.
En 2025, la majeure partie de l’Europe a connu un nombre de nuits tropicales (température minimale >20°C) proche de la moyenne (voir figure 5.2). Cependant, certaines régions du sud de l’Europe, notamment la péninsule Ibérique et les zones côtières de la Méditerranée, ont enregistré jusqu’à 30 nuits tropicales de plus que la moyenne, et même jusqu’à 40 nuits de plus dans certaines zones localisées.
La superficie brûlée par les feux de forêt et les émissions de gaz à effet de serre qui s’en est suivi a atteint des niveaux records (1 034 550 hectares) (voir figure 6.2). L’Espagne a elle seule a contribué à la moitié des émissions par les incendies.


Des canicules marines et une montée du niveau de la mer qui s’accélère
La température annuelle de surface de la mer a été la plus élevée jamais enregistrée. 86 % de la région, hors zones recouvertes de glace, a connu des conditions de vague de chaleur marine qualifiées de « fortes ». Au niveau global, la température annuelle a augmenté de 0,6°C depuis 1980, pour les mers entourant l’Europe, cela grimpe à 1,1°C et pour la mer Méditerranée 1,4°C. Pour cette dernière, la température annuelle de surface de la mer en 2025 était la deuxième plus élevée jamais enregistrée, à 21,35 °C, derrière la valeur record de 2024 (21,50 °C).
Sur la période 1999 à 2025, le niveau de l’océan global s’est élevé de 3,6 mm/an (2-4 mm/an pour l’Europe). Le taux d’élévation est passé de 2,9 mm/an (1999-2009) à 3.8 mm/an (2015–2025). Environ 30 % de l’élévation du niveau de la mer est due au réchauffement des océans, qui provoque la dilatation de l’eau de mer, et environ 60 % à la fonte des glaciers et des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. Les 10 % restants proviennent des variations des réserves d’eau terrestres. À l’échelle régionale, l’élévation du niveau de la mer peut différer sensiblement de la moyenne mondiale en raison des courants océaniques et de la répartition inégale de la chaleur.
La glace et la neige en forte régression
En ce qui concerne la cryosphère, les glaciers de toutes les régions ont subi une perte nette de masse. La calotte glaciaire du Groenland a perdu environ 139 gigatonnes de glace. L’étendue et la masse de la couverture neigeuse en fin de saison ont toutes deux été les troisièmes plus faibles jamais enregistrées (inférieure de 31 % à la moyenne). Les anomalies négatives les plus importantes ont été observées en Europe de l’Est.
Sécheresses et inondations
L’année a été marquée par de forts contrastes régionaux en matière de conditions hydrologiques. Ce fut l’une des trois années les plus sèches en termes d’humidité des sols depuis 1992. Le débit annuel des cours d’eau était inférieur à la moyenne pour 70 % d’entre eux. Les tempêtes et les inondations ont touché des milliers de personnes en Europe, bien que les précipitations extrêmes et les inondations aient été moins fréquentes que ces dernières années. Malgré la réduction de l’étendue globale des inondations, plusieurs inondations importantes se sont produites, notamment en Irlande et au Royaume-Uni (janvier, octobre, novembre et décembre), en Espagne et au Portugal (mars et novembre), en Italie (avril) et en Albanie (novembre).
Dégradation de la biodiversité
La biodiversité est vitale pour un avenir durable, mais le changement climatique est l’une des principales causes de sa dégradation.
Un des défis est la série d’événements extrêmes qui se succèdent tout au long de l’année. Partout en Europe, les écosystèmes d’eau douce ont subi un stress accru dû à la modification de la disponibilité et de la qualité de l’eau, conséquence des sécheresses et des inondations, tandis que les forêts et les prairies ont été confrontées à un risque accru d’incendies et à une pression de sécheresse plus forte. L’Europe a subi la plus forte perte proportionnelle de tourbières au monde, principalement en raison de la forte densité de population et de l’artificialisation des terres pour l’agriculture. Les feux de tourbières peuvent couver pendant des mois, avec de graves conséquences sur la biodiversité et les services écosystémiques, notamment une réduction de la capacité de stockage du carbone.
Le changement climatique entraîne des modifications majeures de la biodiversité et des écosystèmes en mer Méditerranée, les vagues de chaleur marines constituant l’une des forces les plus destructrices. Au cours de la dernière décennie, la conservation des herbiers de posidonie en Méditerranée a permis d’obtenir des résultats positifs tangibles en matière de biodiversité et de résilience climatique. Il est essentiel de pérenniser et d’amplifier ces mesures.
Le changement climatique et la biodiversité sont étroitement liés dans les politiques et les cadres européens. Les solutions fondées sur la nature peuvent offrir des approches multifonctionnelles pour réduire les risques d’incendie tout en préservant l’intégrité écologique. Une planification coordonnée à l’échelle du paysage et une gestion forestière adaptative sont essentielles pour renforcer la résilience face aux feux de forêt.
Des énergies de plus en plus renouvelables
Une bonne nouvelle malgré tout: les énergies renouvelables ont fourni près de la moitié (46,4 %) de l’électricité européenne en 2025, l’énergie solaire atteignant un nouveau record de contribution de 12,5 % (voir figure ci-dessous). Le potentiel éolien terrestre était généralement inférieur à la moyenne dans une grande partie de l’Europe en raison de vents plus faibles. Malgré cela, la part de l’éolien dans la production d’électricité européenne s’élevait à 18 %, soit seulement 0,4 % de moins qu’en 2024, notamment grâce à l’augmentation des capacités installées. Cela va dans le bon sens et il faudra continuer dans cette direction mais de manière plus ambitieuse avec une bonne dose de sobriété dans notre consommation de l’énergie, l’eau et de toutes les ressources minières et foncières.

