La tribune de Mathias Rollot, maître de conférences à l’Ecole nationale supérieure d’architecture (ENSA) de Grenoble et Nathanaël Wallenhorst professeur à l’Université catholique de l’Ouest, membre de l’Anthropocene Working Group dénoncent la stratégie d’adaptation au réchauffement climatique adoptée par la France (PNACC-3), qui considère une trajectoire moyenne de +3°C pour le globe et +4°C pour la France. Selon eux, cette trajectoire réduit notre futur à une moyenne et se limite à l’horizon 2100.
Les auteurs de la tribune précisent que cette trajectoire « met sous le tapis la multiplication des événements extrêmes (inondations, tempêtes, sécheresses, mégafeux, canicules, etc.), la montée des eaux (les altérations territoriales et les déplacements de la population française qui vont avec) ; l’altération de la santé sous l’effet du réchauffement climatique (cancers, maladies cardio-vasculaires, perturbations endocriniennes, nouvelles zoonoses, élargissement du périmètre de maladies, maladies psychiatriques, suicides…) ; l’altération du cycle de l’eau (notamment l’eau qui s’est évaporée de sols desséchés impropres à la production agricole, et qui retombe sous la forme de pluies diluviennes qui créent des inondations sur des sols imperméables et ne chargent plus les nappes phréatiques) ; l’effondrement des populations animales et végétales venant fragiliser la sécurité alimentaire mondiale, etc. »
Dire que Marseille aura le climat de Séville ou du sud de l’Italie (plus vraisemblablement) minimise la catastrophe en cours. En effet qu’y a-t-il de catastrophique d’habiter à Séville aujourd’hui? Il faudrait dire que ce sera Séville avec des événements catastrophiques plus intenses et plus nombreux. Par ailleurs, la communication autour du PNACC-3 fait abstraction des effets du réchauffement sur la possibilité même de vivre ensemble. « En occultant les incidences sociétales de notre trajectoire de réchauffement, la stratégie gouvernementale actuelle favorise l’inculture et l’incompréhension populaire », nous disent les auteurs. En séparant adaptation et atténuation (réduction des émissions de gaz à effet de serre) qui appartient à un autre programme ministériel (la stratégie nationale bas carbone), le ministère ne nous dit pas que si on n’atténue pas le changement climatique de manière à rester en-dessous du +2°C de l’Accord de Paris, il sera extrêmement difficile de s’adapter.
Ce qui manque c’est une approche intégrative et un narratif puissant de ce qui nous attend là où on vit, comme l’a fait l’un des auteurs dans son livre 2049, ce que le climat va faire à l’Europe (voir figure).
Peut-on vraiment s’adapter à une trajectoire climatique qui nous amènera à une France plus chaude de 4°C par rapport au 19e siècle?
