Hugues François et ses collègues ont modélisé l’impact du changement climatique sur l’enneigement des massifs montagneux français dans un article publié par la revue scientifique La Météorologie en mai 2025. La conclusion est implacable. Les stations de sports d’hiver verront les saisons de ski se raccourcir fortement dès 2050.
Tout d’abord, la situation actuelle. La figure ci-dessous présente l’enneigement de la période de référence (1976-2005)pour les domaines skiables français, de moins d’un mois à 1200 m d’altitude (Pyrénées orientales, Cévennes, Alpes Maritimes) à cinq mois à 1800 m (Alpes du Nord, Massif Central, Pyrénées). Sachant qu’on ne considère une station viable que si l’enneigement est supérieur à 100 jours, les stations de la moitié sud (sans neige artificielle) ne le sont qu’à partir de 1800 m d’altitude.

Pour les projections futures, cet article se base sur la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) en France. Cette TRACC considère des niveaux de réchauffement national de +2°C en 2030, +2,7 °C en 2050 et de +4 °C en 2100, par rapport à la période pré-industrielle (fin du 19e siècle). Les calculs faits par les chercheurs de l’INRAE et de Météo-France nous éclairent de manière spectaculaire sur l’avenir des domaines skiables en France. Le journal Le Monde du 20 décembre 2025 reprennent ces résultats station par station grâce à une application en ligne et une infographie remarquables.
Les résultats indiquent une diminution du nombre de jours avec au moins 5 cm de neige naturelle au sol, variable selon l’ensemble montagneux et l’altitude. Dans les Alpes du Sud, à 1 800 m d’altitude en sans recourir à la neige artificielle, la valeur médiane du nombre de jours skiables, de l’ordre de 145 jours pour la période 1976-2005, chute à 85 jours à +2,7 °C et de 50 jours à +4 °C. Précisons que le nombre médian de jours skiables d’une station est défini comme le nombre de jours avec un enneigement qui permet la pratique du ski, à savoir au moins 100 kg de neige/m2 ou 25 cm d’épaisseur de neige damée.

Le domaine du Devoluy dont l’altitude moyenne des domaines skiables est de 1777 m, proche de la moyenne de l’ensemble des domaines skiables des Alpes du Sud. Le nombre médian de jours skiables à +2,7°C en 2050 en intégrant la production artificielle de neige est de 117 jours par an (78 jours en 2100) (voir figure ci-dessus). Une année sur deux sera faiblement enneigée dans la partie haute de ce massif. La production artificielle de neige qui initialement était utilisée pour amortir l’aléa de l’enneigement est aujourd’hui vitale pour toutes les stations. Pour un réchauffement de +2,7°C et encore plus pour +4°C, augmenter la production de neige d’un domaine skiable ne sera possible que sur les parties les plus hautes des domaines, au détriment des parties basses qui resteront déneigées.
Le Massif du Pelvoux qui englobe Serre-Chevalier, le plus grand domaine skiable des Alpes du Sud, avec une altitude moyenne de 1908 m a actuellement en valeur médiane 150 jours skiables qui baisseront à 139 jours pour +2°C, 131 jours pour +2,7°C, et 116 jours pour +4°C, en intégrant la production artificielle de neige. Cela peut être considéré comme une trajectoire maximale pour les Alpes du Sud. Il y aura vraisemblablement 3 années sur 7 de très faible enneigement. Il faut garder en tête que la production artificielle a ses propres limites liées à la température elle-même dépendant de facteurs locaux.
Dans les Alpes du sud, pour un réchauffement de +2°C par rapport au niveau pré-industrielle (horizon 2030), sans production artificielle de neige, 31% du moment de puissance exprimé en nombre de personne*km par heure se fera dans un risque de faible enneigement. Si on porte la production artificielle de neige à 45% des pistes, ce moment de puissance à faible enneigement n’est plus que de 2%. La contrepartie est l’accroissement de la demande en eau. Avec une capacité de production de neige de 45% des pistes, elle est de 1,3 à 1,8 fois la demande actuelle pour tous les niveaux de réchauffement (2°C, 2,7°C, 4°C), et avec une capacité de 75%, elle grimpe à 2,5 à 2,8 fois.
Les résultats déclinés ici se révèlent cohérents avec ceux des grands massifs de montagne européens. Cette étude montre que le développement de services climatiques, qui sont des outils d’aide à la décision, est indispensable pour mieux tenir compte de l’évolution climatique dans les démarches prospectives. Le développement de ces services est déjà engagé et a favorisé un partage large d’informations sur l’évolution climatique et ses impacts attendus auprès des gestionnaires de domaines skiables français. Face au changement climatique en cours, aucune station ne peut faire l’économie d’une remise en question de son modèle économique et de la mise en place d’une stratégie d’adaptation fondée sur la science.

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