Très grave! Pendant des décennies, depuis les années 1980, les chercheurs ont alerté l’opinion publique et les décideurs sur les risques encourus par nos sociétés du fait de nos rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. De sommets de la terre en conférences des parties (COP) organisées par l’ONU, on a toujours constaté un grand écart entre les belles résolutions (tardives) et les actes de tous les jours (de nos gouvernements et de nous-mêmes). Pourtant les projections mathématiques établies pour le futur se sont confirmées dans les rapports successifs du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat). Le changement climatique se confirme d’année en année. Les Accords de Paris signés à la fin de la COP21 en décembre 2015 ont paru ouvrir de nouvelles perspectives d’un monde plus proche de la nature. La phrase clé de l’Accord était qu’il est urgent de “contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport au niveau préindustriel”, c’est-à-dire avant l’utilisation du charbon, “et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C”. Nous sommes dix ans plus tard, en 2025, on a atteint pour la première fois en 2024 le seuil de 1,5°C.
Néanmoins, en 2020 il y a eu un électrochoc. Le monde s’est arrêté de tourner à cause d’un petit virus qui s’est répandu à travers la surface du globe semant sur son passage une maladie au beau nom technique de Covid-19. On a dénombré plus de cinq millions de morts. Assigné à résidence pendant de nombreux mois, on s’est mis a réfléchir. Cette économie de la croissance perpétuelle est parue dérisoire. Bien sûr le changement climatique n’est pas responsable de cette pandémie, mais sans doute, tous deux ont une origine commune. L’espèce humaine a tout artificialisé pensant qu’elle pouvait tout contrôler. On trouve partout son empreinte. On a appelé cette période d’accélération de la pression humaine, de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre, l’Anthropocène. C’est motivé par le fait que pour la première fois à l’échelle géologique, cette empreinte masque les changements naturels.
Certains pays (si peu!) ont pris des mesures pour que le monde d’après la Covid-19 ne soit plus celui d’avant. Tout cela progresse lentement et même on a pu constater en 2022 que nous avions repris nos mauvaises habitudes et les émissions de gaz à effet de serre ont dépassé les émissions pré-covid. La guerre en Ukraine qui a débuté en 2022 a été le prétexte à ré-ouvrir nos centrales thermo-électriques (au gaz et même au charbon). En définitive, on ne sait toujours pas si on pourra satisfaire nos engagements dans le cadre de l’Accord de Paris. Les plans “climat” adoptés par les pays comme la France ou l’Allemagne restent assez frileux. L’argument de nos dirigeants est qu’il ne faut pas détruire les emplois. Ils refusent de voir qu’on va dans le mur et que les conséquences seront bien plus catastrophiques que la crise économique de 2008-2010 et celle post-covid, et même celles de la guerre d’Ukraine.
Cette courbe de l’évolution de la température moyenne produite par le Centre Européen Copernicus est impressionnante. Dans les années 1980, on a définitivement quitté la zone de 0°C, c’est-à-dire le niveau des températures pré-industrielles calculée sur la période 1850-1990 (mise à 0°C). Sur la période 1995-2025, le réchauffement global est de 0,25°C par décennie (la droite rouge) avec la valeur de +1,4°C en septembre 2024. Si on extrapole statistiquement cette jusqu’en 2030, on voit qu’on arrivera à +1,5°C en mai 2029. Les océans qui couvrent les deux tiers de la surface de la terre se réchauffent moins vite que les continents, ce qui veut dire que la température sur les continents est déjà de plus de 1,8°C. Heureusement que les océans sont là, car ils absorbent un tiers de nos émissions de gaz à effet de serre et 90% de la chaleur occasionnée par ces derniers. Imaginez ce que serait un monde avec 25% plus de gaz à effet de serre. Le réchauffement serait déjà de 3-4°C et sans doute plus s’il n’y avait pas les océans pour absorber le surplus de chaleur.

De tels réchauffements ont existé il y a très longtemps, il y a plus de 50 millions d’années. La surface de la terre était complétement différente. Notre monde serait incapable aujourd’hui de s’adapter à de tels changements, d’autant plus que tout va beaucoup plus vite qu’avant. C’est intéressant de jeter un oeil sur le passé. C’est ce que j’ai fait puisque je suis chercheur en paleoclimatologie. C’est ce recul qui m’a permis de prendre conscience des risques encourus par nos sociétés. J’ai donc passé pas mal de temps à comparer les divers scénarios des changements futurs à divers périodes du passé. Croyez-moi, c’est une bonne façon de se convaincre qu’il faut éviter à tout prix ce qui s’annonce.
Mais cela ne fait pas partie des plans de la communauté des ultra-riches (63 milliardaires en France) qui a stoppé ses déplacements en jets privés de mars à mai 2020, comme tout le monde pour cause de confinement. Mais au contraire de l’aviation de ligne, elle a rattrapé son “retard” en quatre mois. Et elle n’envisage même pas de diminuer son usage immodéré des jets privés (selon la Fédération européenne Transport et Environnement, qui regroupe une cinquantaine d’ONG, publié en mars 2022). Le monde d’après ce n’est pas pour eux. Deux ans après le début du covid, la location de jets privés représentait environ 17% des vols européens en circulation, lorsqu’elle en représentait 7% en 2019. La moitié des vols sont sur des courtes distances (< 500 km). En juin 2022, le milliardaire B. Arnault a émis 176 tonnes de CO2 pour 18 trajets aériens. C’est 17 ans d’empreinte carbone d’un français moyen. Tout ça en un mois!
Pourtant les solutions sont connues. Il faudrait réellement taxer le kérosène, développer fortement le train en finançant les centaines de milliards nécessaires à ce développement par une vraie taxe sur les fortunes bâties sur les énergies destructrices de l’environnement. En effet, selon ce même rapport de la fédération d’ONG environnementales Transport et Environment, si le secteur aérien est responsable de 2 à 3% des émissions mondiales de CO2 , les vols privés ont une empreinte carbone par passager 5 à 14 fois supérieure aux vols commerciaux, et 50 fois supérieure au train. Alors que les 1% les plus riches émettent plus de 100 tonnes par an et par personne, pour une moyenne française de 10 tonnes, comment demander aux français de faire des gros efforts? Il faut que la catégorie de personnes la plus aisée arrête de nous enfumer. Tout le monde doit atteindre deux tonnes de CO2 par an, y compris les milliardaires. Ceux-ci ont un plus grand chemin à faire, mais malheureusement le système économique actuel valorise leur comportement destructeur. Comme l’a dit Jean Jouzel sur France Inter en septembre 2023, la transition environnementale est incompatible avec le capitalisme. Il faut dire que le patron de TotalEnergies l’avait passablement énervé quand il a dit lors d’une table ronde organisée par le syndicat des patrons (MEDEF): je vais continuer à développer les énergies fossiles parce qu’il y a une forte demande et que moi je suis dans la vie réelle. Ce type de réflexion qu’on entendait tous les jours a ralenti la transition, ce qui explique que 2024 est la première année à passer la barre des +1,5°C, et que sans doute, dans moins de 20 ans, on sera à +2°C, bien avant 2100. Au revoir l’Accord de Paris! Dix ans plus tard, la COP30 de Bélem!

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