La COP30 à Belem, une COP pour rien?

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Nous n’allons pas demander à Elpise de se déplacer jusque là. Pas la peine de risquer une nouvelle dépression, ni d’alourdir son bilan carbone. L’événement a été suffisamment couvert par les médias pour se faire une opinion. De par sa nature, Elpise est exigeante. Elle en a assez des demi-mesures. Diachrone, le vieux sage, a tendance à chercher les quelques points positifs, s’ils existent. Pour nous ils ont parcouru les sites web et surtout analysé les déclarations.

Belem se situe à une centaine de kilomètres de l’océan Atlantique pas très loin de l’embouchure du fleuve Amazone. Elle est bâtie sur l’estuaire des fleuves Tocantins et Para. C’est une ville industrielle du nord du Brésil. La COP30 dura du 10 au 21 novembre 2025. Rappelons que COP veut dire Conférence des Parties. C’est la 30e réunion sur le climat organisée annuellement par les Nations Unies depuis la COP1 organisée en 1995 à Berlin. Belem est situé à un peu plus de 1° sud. En cette saison de début de l’été austral, il faisait chaud, de 22°C la nuit à 32°C l’après-midi. D’ailleurs la température ne change pas beaucoup d’un mois à l’autre. Il y fait humide et le cumul des pluies de ce mois dépasse les 110 mm, relativement sec par rapport au cumul annuel proche de 3000 mm. Inutile de dire que pour la COP, les climatiseurs fonctionnaient à plein régime

Elpise: ce qui me plait dans cette COP, c’est la présence en masse des autochtones et des ONG. Regarde cette manifestation colorée. Dans les COP précédentes, à Bakou et Dubai, l’ambiance n’y était pas.

Manifestation à l’occasion de la COP30 (Photo Sipa/AP/Fernando Llano)

Diachrone: Toi non plus tu n’y étais pas et tu n’étais pas non plus à Belem. Avec Greta, par exemple. Oui je sais depuis Glasgow, tu es sceptique sur l’utilité de ces grand-messes! Elles semblent se suivre et se ressembler sans vraiment apporter quelque chose de réconfortant. Mais faisons l’effort d’analyser les avancées.

Elpise: Cela part bien. Sur un document publié sur le web, je lis que « le changement climatique, la dégradation de l’environnement et la perte de biodiversité aggravent déjà la faim, la pauvreté, l’insécurité alimentaire, compromettent l’accès à l’eau, détériorent la santé et augmentent la mortalité, exacerbent les inégalités et menacent les moyens de subsistance, avec des répercussions disproportionnées sur les personnes déjà pauvres et en situation de vulnérabilité ». On espère donc qu’elle va s’occuper de justice climatique.

Diachrone: La COP30 proclame qu’il y a des progrès pour une transition juste et que le renforcement de la résilience climatique et de l’économie propre doit également être équitable, chaque nation et chaque personne pouvant partager ses avantages.

Elpise: Alors les gouvernements devraient pouvoir être d’accord sur la nécessité d’aider financièrement les pays pauvres qui ne sont pas responsables des catastrophes climatiques mais qui en subissent le plus les conséquences. Allez les riches! Vous qui nous avez mis dans la m…, payez maintenant!

Diachrone: Je suis d’accord du moins sur le fond de ta pensée, voyons la suite. Il y a un accord pour tripler le financement de l’adaptation. Chaque pays doit être assuré qu’il a le soutien dont il a besoin, alors même que les catastrophes climatiques détruisent des vies et frappent les chaines d’approvisonnement mondiales. La transition mondiale vers de faibles émissions de gaz à effet de serre et la résilience climatique est irréversible et la tendance de l’avenir. Les flux d’investissements dans les énergies renouvelables dépassent maintenant les combustibles fossiles.

Elpise: Il s’agit d’une avancée par rapport à l’engagement de Bakou, mais l’objectif de 120 milliards a été repoussé de 5 ans. Et il faudrait en fait 300 milliards par an, nous disent les pays pauvres. Les riches sont toujours aussi radins quand il s’agit du pognon des pauvres.

Diachrone: Il ne faut pas oublier que les négociations ont failli capoter. La conclusion d’un accord soutenu par les 190 pays, alors que les états pétroliers ont failli tout bloquer, va permettre de poursuivre l’action de l’ONU en faveur du climat. L’un des principaux résultats a été l’accord pour une transition juste, avec un plan de passage à une économie verte à l’échelle mondiale équitable, protégeant les droits de tous, y compris ceux des travailleurs, des femmes et des peuples autochtones.

Elpise: Mais, ils ne disent rien sur l’abandon des énergies fossiles. On ne touche pas aux intérêts des multinationales et des dictatures pétrolières. Pour moi, ça veut dire: on continue a saccager la planète mais on donne une aspirine aux pauvres humains pour les préserver. La CP30 sauve la face, mais pas le climat! Comme si on pouvait résoudre un problème en ignorant sa cause. Cette remarque très juste m’a été soufflée par mon copain Davide!

Diachrone: Effectivement les énergies fossiles ne sont pas mentionnées, alors qu’elles l’étaient (discrètement) dans la déclaration de la COP28 à Dubai. En ce sens c’est une régression. La pression de 90 pays (dont ceux de l’Europe) n’a pas suffit face à l’Arabie Saoudite et ses alliés. Mais la présidence brésilienne a annoncé que la feuille de route pour l’abandon des énergies fossiles allait continuer en dehors du processus de l’ONU, sous la direction de la Colombie et des états insulaires du Pacifique. une conférence internationale se tiendra en avril 2026.

Elpise: On fait des conférences pour ralentir la prise de décision. C’est classique dans le monde des cols blancs. Il y a un autre problème. La COP30 échoue à établir une feuille de route contre la déforestation, alors que la COP30 a été organisée aux portes de la forêt amazonienne pour mettre l’accent sur le rôle vital des forêts dans le climat. Mais elle n’est pas belle la forêt, comme tu peux le voir sur la photo ci-dessus.

Diachrone: Il est décevant que les pays n’aient pas accepté d’élaborer des plans concrets pour mettre fin à la déforestation. Mais un nouveau fonds a été lancé pour la préservation des arbres, le « Tropical Forest Forever facility », là aussi en dehors du processus de l’ONU. Ce fonds de plusieurs milliards de dollars rémunérera les pays qui préservent leurs arbres. C’est quand même une prise de conscience du fait que l’intégrité climatique et la protection des forêts sont indissociables.


Déforestation en bordure de la forêt amazonienne (© Edmar Barros, AP)

Elspise: Chaque fois qu’il y a une avancée positive, cela se fait en dehors du processus de l’ONU. Donc à quoi ça sert les COP?

Diachrone: Même si c’est en dehors du processus, c’est quand même les COP qui le permettent en rassemblant tous les pays impliqués. Enfin, un résultat important est qu’il est prévu de faire verser par les pays développés aux pays en développement 300 milliards de dollars par an dans les prochaines années pour aller jusque 1300 milliards de dollars en 2035, en mettant la priorité aux mesures d’adaptation. Il faut faciliter l’accès de ces dollars aux petits producteurs, aux familles vulnérables, aux indigènes … Bref à tous ceux qui en ont besoin et qui ont souvent des difficultés à y accéder.

Elpise: c’est très louable, mais comment comptent-ils s’y prendre pour que cet argent soit réellement versé. Et les pays émergents (Chine, Brésil, Inde …) qui se disent encore en développement pour ne pas cracher au bassinet, ils vont s’y mettre?

Diachrone: Je pense que ces problèmes peuvent être résolus dans les mois qui viennent. Il est aussi stipulé d’encourager les pays à centrer leurs actions sur les plus vulnérables lorsqu’ils révisent leurs engagements nationaux en matière de climat. Ils appellent les partenaires à mieux coordonner l’aide humanitaire, l’action climatique et le développement des pays en difficulté, à mettre en place un financement accessible, flexible et pluriannuel pour ces contextes, en augmentant la disponibilité des ressources afin de mener à bien des actions climatiques centrées sur l’humain en temps opportun.

Elpise: De nouveau de belles intentions, mais il n’y a aucune contrainte. Je me demande si tout ça ce n’est pas du blabla pour que rien ne change. Même les Européens qui se disent si vertueux sentent monter l’extrême droite et il seraient bien contents que rien ne bouge tout en apparaissant volontariste. C’est pas ma faute, monsieur, c’est la faute des méchants pays! S’il y a réellement 90 pays qui veulent avancer, pourquoi ne décident-ils pas d’avancer sans les autres? On sera loin d’englober toutes les émissions de gaz à effet de serre, mais en mettant des taxes climatiques à l’entrée des produits chinois ou autres en dedans leur frontières, ils finiront pas entrainer un maximum de pays qui cherchent des débouchés pour leurs exportations.

Diachrone: Ola! tu es devenue une fine politologue. Ton pessimisme commence à déteindre sur mon optimisme naïf.

Pour en savoir plus, lisez le court texte de Jean Jouzel dans la revue Météo & Climat.

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